Archive Février 2024

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Février 2024

  • Sirocco et le royaume des courants d’air

13 décembre 2023 en salle | 1h 20min | Animation
De Benoît Chieux
Par Benoît Chieux, Alain Gagnol
Avec Loïse Charpentier, Maryne Bertieaux, Aurélie Konaté
13 décembre 2023 en salle | 1h 20min | Animation
De Benoît Chieux
Par Benoît Chieux, Alain Gagnol
Avec Loïse Charpentier, Maryne Bertieaux, Aurélie Konaté
Synopsis :

Juliette et Carmen, deux sœurs intrépides de 4 et 8 ans, découvrent un passage secret vers Le Royaume des Courants d’Air, leur livre favori. Transformées en chats et séparées l’une de l’autre, elles devront faire preuve de témérité et d’audace pour se retrouver.

Avec l’aide de la cantatrice Selma, elles tenteront de rejoindre le monde réel en affrontant Sirocco, le maître des vents et des tempêtes… Mais ce dernier est-il aussi terrifiant qu’elles l’imaginent ?

Compte rendu de la séance

John

En regardant les visages illuminés des spectateurs en sortant de la salle, on constate tout de suite que l’on a passé un excellent moment. Il est vrai que notre choix de films récemment était plutôt à classer dans la catégorie des poids lourds. Là on était clairement chez les poids plumes, dans un voyage visuel et sonore à couper le souffle. Epoustouflant d’imagination et de prouesses artistiques, nous sommes aspirés dans un kaléidoscope sensoriel haletant. Un film d’animation pour tous âges, nous passons volontiers à travers le miroir pour devenir des Alices au pays des merveilles. Une Alice génération Alpha, bien campée dans son siècle, qui fait face aux menaces auxquelles nous sommes confrontés, traitées en arrière plan. Chacun aura sa propre lecture.

Le premier ébahi était Loïc Pierre, notre invité du soir, fondateur et directeur artistique de Mikrokosmos, choeur qui chante sur la bande originale. Lui-même n’avait jamais vu le film auparavant.

Cinéphile, avec une grande expérience et de nombreuses participations à la réalisation de musiques de films, on l’a interrogé sur la manière dont on compose ces musiques.

On avait invité aussi Pablo Pico, le compositeur, qui n’a pas pu se joindre à nous hier soir. Sa bande originale qui partait de légers tintements de cloches pour se développer et devenir de grandes envolées orchestrales, était parfaitement en accord avec les changements météorologiques si présents dans le scénario.

Une belle soirée, atypique dans notre programmation, qui nous incitera certainement à chercher d’autres films aussi originaux. A voir, à écouter à satiété.

Jean-Marie

C’est une brise vivifiante de jeunesse et de fraîcheur qui a parcouru notre assemblée Ciné Rencontres ce soir-là, pas seulement parce que la moyenne d’âge s’en est trouvée considérablement abaissée grâce à la présence de nombreux enfants, mais aussi parce que chaque adulte a eu l’occasion de sentir remonter en lui les sensations qui étaient les siennes quand lui-même regardait, enfant, les dessins animés.

D’une manière agréable, le film a une vraie fonction éducative. Les rapports parents-enfants baignent dans une atmosphère bienveillante de tolérance réciproque, mais les messages réalistes passent aussi. Certes les adultes veillent sur les enfants, mais on rappelle qu’ils ont aussi le droit d’être fatigués et de se reposer. Les deux fillettes aux tempéraments et âges différents servent à cela : le « Je m’ennuie » récurrent de Juliette est bien désigné par Carmen comme un pur caprice dont les conséquences peuvent être graves.

Je me suis étonné que personne ne songe à demander la définition de « sirocco », mais peut-être que chacun était déjà bien au fait de ce vent violent et sec du Sahara qui, à l’occasion, dépose chez nous une poussière jaunâtre sur la neige ou les voitures.

Quitte à en profiter pour remonter à notre enfance, on ne manqua pas de remonter à l’enfance du dessin animé, qui se confond amplement avec celle du cinéma. Ce n’est donc que pure logique et pure justice qu’on ait pu rendre hommage à la magie des Emile Reynaud (le premier dessin animé conservé), Emile Cohl (éponyme de l’école lyonnaise fréquentée par le réalisateur), Paul Grimault (inoubliable et inoublié Le roi et l’oiseau), sans oublier Walt Disney, bien sûr.

La présence de Loïc Pierre, directeur artistique du choeur Mikrokosmos, bien connu à Vierzon et au-delà, a permis de mettre un accent autorisé sur la bande son musicale. J’avoue que grâce à cela  je retiendrai, plus que je ne l’aurais fait sans doute autrement, l’alliance de l’image et du son dans le déroulé de certaines séquences caractéristiques. Par exemple, l’enlèvement spectaculaire de Juliette par Sirocco et leur double envol : le thème et le rythme sont d’abord donnés gracilement, puis l’amplification orchestrale nous emporte autant que la profusion colorée qui l’accompagne. Inoubliable. Je n’ai un peu regretté qu’après coup qu’on n’ait pas profité de l’occasion pour interroger le musicien sur une question qui nous avait pourtant largement retenue lors d’un stage de formation de professeurs de cinéma que j’ai pu faire avec le président national d’alors des auteurs compositeurs de musiques de films, à savoir la pertinence ou la non pertinence, selon les cas, de la redondance de la musique par rapport aux images: cela va de la lourde balourdise à éviter jusqu’à l’impérieuse nécessité à ne pas manquer. Heureusement, cela a réveillé bien de beaux souvenirs de cette occasion quand on a évoqué les couple mythiques Bernard Herrmann- Alfred Hitchcock, Ennio Morricone – Sergio Leone, Nino Rota – Federico Fellini, parfois un trio : Marcel Carné – Jacques Prévert – Joseph Kosma).

John a aussi mentionné le premier film parlant et chantant : Le chanteur de jazz (Alan Crosland, 1927) ainsi que le premier compositeur de musique originale pour un film, en l’occurrence le film muet L’Assassinat du duc de Guise (André Calmettes et Charles Le Bargy, 1908) : le célèbre Camille Saint-Saëns.

Mais vu de l’extérieur au moins (et peut-être même de l’intérieur), les précisions de Loïc Pierre ont montré que ce que l’on retient en définitive du long travail du compositeur peut souvent paraître plutôt décevant, voire carrément ingrat. D’une longue partition, il arrive qu’on ne retienne que quelques secondes, parfois même presque inaudibles, du fait de la post synchronisation qui superpose voix et bruitage. Bon, au moins a-t-on son nom au générique ! Une spécialiste des contrats juridiques, également  présente dans la salle, a montré aussi à quel point tout était balisé, annulant l’occasion pour le compositeur de demander davantage, même si le film connaît un succès au-delà des espérances initiales.

Pour revenir aux enfants, le scénario ne manquait pas de faire appel à l’émotion. Le jeune public n’a pas manqué de remarquer que souvent les larmes sous les yeux étaient lourdes d’une eau bleue bien mise en évidence. Heureusement (on s’y attendait évidemment, si bien que c’est peu divulgâcher) la fin est heureuse et tout rentre dans l’ordre, grâce à la physique quantique qui fait bien des miracles : le trou de ver qui permet de passer d’un univers à un autre a quitté ici le rang des pures équations mathématiques pour servir les membres séparés des familles du film. Ouf ! Les caprices de Juliette font d’elle un véritable pendant humain, du fait de son entêtement imprudent et capricieux, de la petite chèvre du bon monsieur Seguin (en passant par l’italien, la chèvre est à l’étymologie du mot caprice). Jusque-là, on était plutôt habitués au procédé du rêve qui permet, en deus ex machina, de retomber dans un réel heureux, mais il y a belle lurette que la modernité est passée par là.

Enfin j’ai tenu à rappeler que le savoir-faire français en matière de dessin animé et d’infographie était actuellement en pointe et s’exportait largement un peu partout. Ce film en est un témoignage supplémentaire.