Archive février 2025

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février 2025

Affiche du film "Sing Sing"
Affiche du film "Sing Sing"
  • Sing Sing

29 janvier 2025 en salle | 1h 47min | Drame
De Greg Kwedar
Par Greg Kwedar, Clint Bentley
Avec Colman Domingo, Clarence Maclin, Sean San Jose

29 janvier 2025 en salle | 1h 47min | Drame
De Greg Kwedar
Par Greg Kwedar, Clint Bentley
Avec Colman Domingo, Clarence Maclin, Sean San Jose

Synopsis :

Incarcéré à la prison de Sing Sing pour un crime qu’il n’a pas commis, Divine G se consacre corps et âme à l’atelier théâtre réservé aux détenus. À la surprise générale, l’un des caïds du pénitencier, Divine Eye se présente aux auditions…

 

Compte rendu de la séance

Jean-Marie

C’est très logiquement que le débat a tourné autour des thèmes classiques pour des films qui ont pour cadre l’univers carcéral, en privilégiant ici, plutôt que le couple innocence et culpabilité, le couple réinsertion et réhabilitation (le mot rédemption n’était pas loin, mais les considérations de civilisation et de religion n’ont été avancées qu’à la fin). Il se trouve que la prison est nommée dans le titre par la répétition du mot « chante » en anglais, mais comme l’art instrument de cette conquête d’une humanité en passe d’être perdue est ici le théâtre, on aurait pu titrer « Play play à Sing Sing » (« Joue joue à Sing Sing »).

L’unanimité s’est faite pour trouver « merveilleux » le metteur en scène ainsi que son adjoint de fait, incarné, non pas par un prisonnier tenant son propre rôle, comme c’est le cas pour l’écrasante majorité du casting, mais par l’acteur Colman Domingo. Nous avons beaucoup échangé sur les rapports de la réalité et de la fiction (remarquons au passage que le scénario est basé sur une histoire vraie), et ce n’est pas un des moindres paradoxes du film que de constater que cet acteur apporte tout son poids de réalisme à une histoire qui n’est pourtant pas la sienne.

L’injustice est au cœur du système carcéral américain, avec son écrasante surreprésentation de prisonniers noirs, et le côté expéditif des procédures qui sont censées tenir lieu de jugement éclairé et impartial. Mais nous avons aussi largement critiqué le manque de moyens alloué aux prisons françaises, ainsi que leur tendance à privilégier le répressif à la prévention.

Pour ne pas trop gâcher, je me contenterai d’une rapide évocation de la scène qui m’a le plus marqué, celle où l’acteur se voit reprocher son manque de sincérité – donc de trop bien faire l’acteur ! – au moment où il plaide sa cause devant ses juges. Il est très touchant par ailleurs, ce contraste permanent entre les caractères comme les physiques de durs présents à l’écran, et les fragilités intimes qu’ils finissent, au cours de cette véritable thérapie théâtrale, à livrer avec une naïve sincérité à leurs compagnons d’aventure : une glace aux cerises offerte par la main maternelle, un pique-nique au bord de l’eau, leur sont aussi importants à se rappeler que « Rosebud » pour Charles Foster Kane. L’élargissement à la condition humaine se fait d’une manière toute pascalienne – nous sommes tous des condamnés à mort dans notre cachot terrestre -, sauf qu’ici le divertissement, loin d’être dénigré comme vanité, est un instrument privilégié de reconquête de la dignité. Et cela même si le célèbre monologue d’Hamlet vient nous troubler avec l’ambiguïté des rêves, positifs quand on se rêve libre comme l’oiseau (chanson du générique), mais aussi possiblement capables de nous tourmenter par-delà la mort.

J’aimerais me retenir de trancher la question de savoir si la définition pessimiste de la vie par Macbeth (un pauvre acteur qui s’agite brièvement sur scène et qu’on n’entend plus pendant une éternité de silence) pourrait servir de résumé au film, mais je ne peux m’empêcher de rapporter que des spectateurs n’étaient pas du tout de cet avis… et que je leur ai donné raison.