Archive janvier 2025

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janvier 2025

Affiche du film "Grand Tour"
Affiche du film "Grand Tour"
  • Grand Tour

27 novembre 2024 en salle | 2h 08min | Aventure, Comédie dramatique
De Miguel Gomes
Par Miguel Gomes, Telmo Churro
Avec Gonçalo Waddington, Crista Alfaiate, Teresa Madruga

27 novembre 2024 en salle | 2h 08min | Aventure, Comédie dramatique
De Miguel Gomes
Par Miguel Gomes, Telmo Churro
Avec Gonçalo Waddington, Crista Alfaiate, Teresa Madruga

Synopsis :

Rangoon, Birmanie, 1918. Edward, fonctionnaire de l’Empire britannique, s’enfuit le jour où il devait épouser sa fiancée, Molly. Déterminée à se marier, Molly part à la recherche d’Edward et suit les traces de son Grand Tour à travers l’Asie.

 

Compte rendu de la séance

John

Arnaud Desplechin dans son dernier film « Spectateurs», interroge des amateurs de salles obscures sur les raisons qui les poussent à aller au cinéma. Je pense qu’il y a autant de réponses possibles que de spectateurs, mais il me semble que l’on retrouverait assez souvent la réponse suivante. « Je vais voir des films pour voyager et aller à la rencontre d’autres pays, d’autres civilisations ». Si cette réponse pourrait être la vôtre, vous avez été largement servi dans le film de Miguel Gomes hier soir et c’est bien sur cette invitation au voyage que j’ai ouvert notre séance.

Avant de partir, nous avons l’habitude de nous documenter et le réalisateur nous fournit par touches successives ce qui ressemble à un magnifique catalogue touristique dévoilant les pratiques culturelles, agricoles et folkloriques des nombreux pays asiatiques visités. On plonge dans des paysages magnifiques et puis d’un seul coup on zoome sur des fêtes foraines, des combats de coq, des danses et des concerts. On se promène dans des marchés, des fermes et on déambule dans les rues au milieu du trafic intense des villes modernes. Moment inoubliable de cinéma, cette magique valse des mobylettes sur un improbable « Beau Danube bleu » Nous sommes transportés, larguons les amarres, jetez vos montres par dessus bord. Ici Gomes va vous promener dans sa dyschronie, acceptez cette contrainte.

La dyschronie est un trouble de la perception et du jugement temporels qui affecte la représentation de la chronologie et l’évaluation de la durée.

On passe de 1918 à 2024 sans arrêt, sans repères très évidents dans un effet stroboscopique hypnotisant.

Les premières images du film nous montrent un théâtre d’ombres, des histoires traditionnelles de géants, de rois, de reines, de dragons et d’intrigues toutes plus improbables les une que les autres. Eventuellement je trouve ici peut-être, une des clés pour mieux appréhender le film, car le sujet s’il y en a un, est une histoire de théâtre d’ombres, la quête impossible de Molly pour retrouver son fiancé Edward qu’elle na pas vu depuis sept ans. Recherche à travers toute l’Asie d’un Edward en fuite dans une errance fortement alcoolisé et terrorisé par « l’ombre des invisibles ». Edward ne trouve pas sa place comme tant d’autres colons de l’Empire Britannique qui comme des baleines échouées sur la plage, partis pour civiliser les « sauvages » se retrouvent « décivilisés ». Tel le consul Seagrave noyé dans sa consommation d’opium qui ne trouve aucun sens à sa mission, tel le curé Carpenter qui veut annoncer sa démission, se rendant compte de l’inutilité de son travail et qui ne rêve que de rentrer au pays pour boire son thé au coin du feu.

Le réalisateur s’amuse à nous perdre dans ce labyrinthe où sons et images tourbillonnent. Epuisée, Molly perd la vie et puis on coupe la lumière, Molly ouvre les yeux et revient parmi nous. Ce n’est que du cinéma et ce film un kaleidoscope sonore et visuel déroutant qui a largement séduit notre public .