Archive mai 2025

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mai 2025

Affiche du film "Fanon"
Affiche du film "Fanon"
  • Fanon

2 avril 2025 en salle | 2h 13min | Biopic
De Jean-Claude Barny
Par Philippe Bernard, Jean-Claude Barny
Avec Alexandre Bouyer, Déborah François, Stanislas Merhar

2 avril 2025 en salle | 2h 13min | Biopic
De Jean-Claude Barny
Par Philippe Bernard, Jean-Claude Barny
Avec Alexandre Bouyer, Déborah François, Stanislas Merhar

Synopsis :

Frantz Fanon, un psychiatre français originaire de la Martinique vient d’être nommé chef de service à l’hôpital psychiatrique de Blida en Algérie. Ses méthodes contrastent avec celles des autres médecins dans un contexte de colonisation.

Un biopic au cœur de la guerre d’Algérie où se livre un combat au nom de l’Humanité.

Compte rendu de la séance

John

« C’est le regard de l’autre qui fait le juif, le noir, le fou ».

Il faut remonter les chemins de l’histoire pour comprendre la déshumanisation et, dans le cas de Frantz Fanon, sans doute à ces ancêtres esclaves en Martinique. Les traumatismes du passé s’inscrivent dans la mémoire et se transmettent de génération en génération, ainsi un psychiatre se trouve en face d’un livre parfois ouvert, souvent cadenassé. C’est de cette manière que travaille Frantz Fanon, les aliénés se trouvent autant parmi les colons que les colonisés et il les traitera tous de la même manière, il a affaire à des hommes malades.

Sa découverte des conditions des patients dans les hôpitaux psychiatriques en Algérie l’indigne, des hommes enchaînés, en camisoles de force, maintenus au noir, traités comme des bêtes. Il va révolutionner leur internement en ouvrant les cellules, en les laissant circuler et jouer au football afin de favoriser leur socialisation, facteur de régulation de leur état . On organise des ateliers , du jardinage, du bricolage, de la peinture au grand dam des autorités.

Puis peu à peu il réfléchira aux relations entre le colons et les colonisés « des hommes infantilisés, opprimés, rejetés, déshumanisés, acculturés, aliénés ». Le racisme est inscrit dans un système déterminé, système dans lequel le colonisé veut prendre la place du colon, mais ce n’est que sa propre place, on réclame son Algérie. Le colonisé est en attente et quand le gibier prendra la place du chasseur, Fanon se situera du côté du FLN .

On évoquera l’influence de Jean-Paul Sartre car dès ses premiers écrits, Fanon ne cesse de se référer au philosophe (notamment à Réflexions sur la question juive, Orphée noir, et L’Être et le Néant.) On mentionne sa biographe ALICE CHERKI et le public parle de James Baldwin, Raoul Peck, les films de Wiseman.

Ma note sera courte mais la lecture des textes ci dessous parfois intégralement cités dans le film compléteront ce dossier.


WIKIPEDIA

Fanon et son équipe insistent sur la nécessité d’analyser les traumatismes coloniaux passés, pour expliquer l’état psychologique, émotionnel et physique des générations à ce jour.

Ils examinent l’histoire des opprimés et étudient les aspects psychologiques pour pouvoir démontrer les liens qui y sont associés aux générations d’aujourd’hui. Fanon affirme que plusieurs troubles à ce jour sont les résultats des traumatismes coloniaux d’autrefois. Dans ces études, se trouve la « justification » des troubles mentaux, physiques et sexuels qui seraient causés par la violence coloniale. Ce sont des études très détaillées qui tiennent à défendre le fait qu’étudier l’état psychologique, émotionnel et sexuel des opprimés d’autrefois, prouverait les traces qui ont été gardées sur les libres d’aujourd’hui.

Sa volonté de désaliénation et de décolonisation du milieu psychiatrique algérien s’oppose de front aux thèses racistes de l’École algérienne de psychiatrie d’Antoine Porot : « Hâbleur, menteur, voleur et fainéant, le Nord-Africain musulman se définit comme un débile hystérique, sujet, de surcroît, à des impulsions homicides imprévisibles ». « L’indigène nord-africain, dont le cortex cérébral est peu évolué, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par le diencéphale ». « L’Algérien n’a pas de cortex, ou, pour être plus précis, il est dominé, comme chez les vertébrés inférieurs, par l’activité du diencéphale ».
Pour Fanon, c’est bien plutôt la colonisation qui entraîne une dépersonnalisation, qui fait de l’homme colonisé un être « infantilisé, opprimé, rejeté, déshumanisé, acculturé, aliéné », propre à être pris en charge par l’autorité colonisatrice.

« La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine. »

Source : Frant Fanon