Archive octobre 2024

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octobre 2024

Affiche du film "Toxicity"
Affiche du film "Toxicity"
  • Toxicily

18 septembre 2024 en salle | 1h 18min | Documentaire
De François-Xavier Destors
Par François-Xavier Destors, Alfonso Pinto
Titre original Toxic Sicily

18 septembre 2024 en salle | 1h 18min | Documentaire
De François-Xavier Destors
Par François-Xavier Destors, Alfonso Pinto
Titre original Toxic Sicily

Synopsis :

En Sicile, au Nord de Syracuse, l’un des plus grands complexes pétrochimiques d’Europe empoisonne depuis 70 ans l’environnement et les hommes. « Mieux vaut mourir d’un cancer que mourir de faim », entend-on sur la plage qui borde la raffinerie.

Dans un contexte d’omerta et de résignation, le film donne la parole à ceux qui luttent et qui survivent au cœur d’un territoire sacrifié sur l’autel du progrès et de la mondialisation.

Compte rendu de la séance

Jean-Marie

On a remarqué d’emblée, ce qui est plus souvent le cas avec un documentaire qu’avec un film de fiction où l’intrigue est rarement l’essentiel, que le synopsis donnait l’essentiel des contenus du film avec une grande fiabilité. En témoignent les mots clés, tous pertinents : Sicile, Syracuse, pétrochimie, empoisonne, environnement, cancer, omerta, résignation, lutte, mondialisation. Et si on ajoute le mot-valise du titre (Toxic+Sicily), la gamme est complète. Une gamme qui donne bien davantage dans la dissonance que dans l’harmonie. Plus exactement, l’harmonie est vécue comme nostalgie d’un passé qui n’est plus et que le cinéaste fait revivre à l’aide d’archives. Cet autrefois où l’on vivait bien comprend la période de transition elle-même, où les plus lucides, minoritaires, percevaient quand même déjà les menaces futures : belles plages, beaux paysages, nourriture abondante et saine, autochtones et touristes ravis,… et, en plus, perspectives de travail moderne et de développement économique. Mais la raffinerie, d’abord mère nourricière, distribuant ses cadeaux jusque dans les écoles, est progressivement devenue un « colosse » (mot d’un médecin) qu’on voudrait combattre quand la maladie vous frappe ou frappe un de vos proches. Mais c’est désormais trop tard.

Quelqu’un a regretté à ce sujet que le film n’offre pas de perspectives de résistance collective organisée. Emergent les figures d’un prêtre combattif, mais évincé par sa hiérarchie, et celle d’une femme qui a fait bifurquer ses études initiales vers des études de droit, afin de lutter pour plus de justice. Avec peu de résultats tangibles dans les deux cas. Un jeune couple avec trois petits enfants était là : la maman, d’origine italienne, a sobrement commenté avec humour : «C’est une organisation à l’italienne ! », avant de nous fournir des renseignements précieux sur ce contexte précis. Elle a souligné le côté « soft » des remises en cause : à part la mention de millions détournés au profit de quelques-uns et de miettes laissées aux familles de travailleurs, on aurait pu être plus virulent contre l’omniprésente corruption et la complicité de l’Etat, des collectivités locales (« Où sont les anciens maires ?…), sans oublier l’inévitable mafia.

Les forces de nuisance sont bien sûr d’abord extérieures (la puissance de l’argent, le capitalisme), mais aussi au cœur de nos propres contradictions : le progrès a ses avantages, et pourvu que les nuisances ne soient pas chez soi, on s’en accommode très facilement. Mais ce qui se passe en Italie peut très bien aussi se produire chez nous : on a évoqué les pollutions de la vallée de la Seine, les cimenteries de Mantes-la-Jolie, avec les vents qui véhiculent les particules, lesquelles tapissent les poumons comme les murs. On a remarqué que la presse locale s’était faite l’écho du désespoir des habitants de la cimenterie de Beffes condamnée à fermer, qui n’auront plus de travail, et qui ne parlent pas des nuisances environnementales. L’omerta est bien également chez nous, et les syndicats, logiquement, luttent pour la préservation des emplois. Jean-François a évoqué Henri Salvador, volontairement à contre-emploi : «On n’irait pas voir Syracuse dans ces conditions, parce que non, là-bas, le travail n’est pas la santé.» Tout est dit !

Enfin presque tout: ce que la synopsis ne dit pas, c’est la dimension poétique qui a été perçue, notamment dans l’esthétique de bien des plans, ce qui est paradoxal étant donné le sujet. Elle est aussi dans les phrases travaillées de la voix off du début, ou dans certaines répliques, comme celle-ci: « Ils nous ont fait des montagnes plus hautes que l’Etna! »